Interview de Lionel Bilbao:

1- Bonjour Lionel. Tout d'abord bravo pour tout le travail accompli cette saison. Quelle était la sensation du coach, et celle du vestiaire, après la défaite au bout des 120 minutes d'intensité?


C'était "The" match..! Le match où tout aurait pu basculer, du grand vide vers l'exceptionnel, l'espoir fou... On aurait souhaité continuer l'aventure, franchir un niveau de plus, cette saison. Au final, beaucoup de déception et de frustration dans les têtes de tout le monde après ce match à Neuilly. L'élimination a été très, très, dure a accepter, et je pense que le pire, c'est qu'avec un peu de recul, on trouve des regrets dans nos têtes à tous. Mais, les défaites arrivent comme les victoires, contre un adversaire. Le nôtre a été supérieur au moment où il le fallait. Je garde le regret d'un second tiers complètement raté, qui restera comme une tache dans le souvenir de cette confrontation. C'est la fin d'une aventure, d'une belle aventure, certes... mais avec tout de même un tout petit goût d'inachevé.

2- Quelle était la physionomie du match, et la raison d'un si grand retard au score à la mi-match?


On encaisse deux buts assez tôt dans le match, mais finalement, on fait une très bonne fin de premier tiers, où on arrive à revenir dans le match en imposant notre rtyhme et notre tempo. Après, on passe complètement à travers de notre deuxième tiers, où on encaisse des buts en étant pourtant en supériorité, où on n'arrive pas à trouver un répit pour souffler et reprendre pied dans le match. On se voit couler inexorablement, et on se retrouve à mi match avec 6-1 dans la musette. A la pause, on est tous très conscients qu'on n'a plus d'autres choix que de jouer à fond. On fait un retour qu'on peut qualifier d'exceptionnel, et on se retrouve à 7-5 à deux minutes pour la fin. On essaye le tout pour le tout pour accrocher les prolongations et... ça ne passe pas. Frustration immense..

Curieusement, avec le recul, on a revécu le 2ème tiers temps du match retour de la phase régulière. Sauf que là, il y avait une qualification pour la finale en jeu et pas 2 petits points... On connaissait le scénario, il nous fallait la régularité sur les 6 tiers-temps. On a eu un trou, un seul tiers temps, ça a suffit.

3- Est ce que la situation de cage-vide à la fin du match aurait mieux marché si les Vipers avaient été confrontés à cette situation plus de fois le long de la saison régulière?


La cage vide, c'est toujours un banco, un pari. C'est complètement aléatoire, ce n'est pas une phase de jeu qu'on puisse préparer en travaillant toutes les semaines. Sa réussite dépend aussi de facteurs impossibles à recréer, avec le niveau de stress de l'adversaire, de ses propres joueurs. Pour pouvoir le mettre en oeuvre correctement, le mieux c'est lors d'un engagement offensif. Là, on s'est retrouvé sans engagement, ni de temps-mort à demander. On sort Fabrice en pleine action, au feeling, comptant sur le facteur chance, sans pouvoir alerter toute l'équipe que le gardien est sorti, alors que les actions continuent à s'enchaîner de part et d'autre. C'était quitte ou double. Ca n'a malheureusement pas marché, mais aucun regret de notre part de l'avoir tenté.

4- Parlons un peu de cette remontée au score: Quelles sont les instructions du coach pour faire en sorte d'essayer la remontée de l'équipe?


C'est assez difficile à sortir, le remède miracle lors qu'on voit son équipe couler. Dès qu'on a senti l'équipe revenir un peu plus solidement dans le jeu, n'ayant plus rien à perdre, on a naturellement tenté d'appliquer un système appelé "2-1-2 ailier désigné". En quelques mots, ça consiste à faire presser (forecheck) les deux ailiers sur le porteur du palet accompagné du centre-défensif en troisième homme pour la récuperation éventuelle du disque. Une stratégie à très hauts risques car on laisse de grandes ouvertures, en cas d'échec à récupérer, des espaces où l'adversaire peut nous prendre de vitesse. Mais, si on arrive à récuperer le palet assez tôt, ça nous crée des occasions nettes de but. On est parvenu à construire ainsi un ou deux buts, un scénario quasi-idéal. L'adversaire a commencé à douter, à encaisser deux autres buts, on est revenu à 7-5. Notre remontée s'est arrêtée là...

Après 8 mois de dur travail pour arriver au bout, il ne faut garder de ces 2 matchs que la fierté d'avoir su revenir d'un humiliant 7-1, pour faire douter toute la patinoire, qui a poussé un énorme ouf de soulagement à la délivrance du but marqué en cage vide.

5- Un petit bilan de ta première saison complète sur le banc? Les choses sont-elles de la façon dont tu avais envisagé auparavant?


Je ne crois pas avoir pensé, un seul instant avant ce challenge, à me retrouver avant-dernier de la D1 après 5 ou 6 matchs...! C'était pourtant notre position. Je peux dire que c'était ma première vraie saison à la tête d'une équipe sénior de hockey que j'avais contribué à composer. L'apprentissage a été rude: Etre confronté d'emblée à la difficulté, à un scénario de crise dès le début, a fait en sorte qu'il m'a fallu faire un apprentissage accéléré. Ce n'était pas vraiment l'entame de carrière dont j'avais révé. J'ai encore beaucoup, beaucoup, de choses à apprendre, que ce soit au cours d'un match, lors de sa préparation, ou même pendant la semaine d'entraînement. L'obligation, c'est de se remettre en cause sans cesse, de rester concentré sur son sujet, et surtout, surtout, de garder la tête froide avec une ligne de conduite, tout au long de la saison.

On a eu un parcours assez linéaire dans l'ensemble, hormis la parenthèse négative du départ. Il faut maintenant savoir regarder en arrière, sonder cette saison, pour en tirer un jugement plus objectif, analyser chaque décision prise et la façon dont les choses ont été faites. Je retiens beaucoup de choses positives de cette saison, notamment la façon dont le travail en groupe était réalisé, et l'implication de tout le monde dans le projet autour de l'équipe. Pour avancer, on doit tirer toutes les leçons de cette expérience, les matchs ratés à Gap et à Neuilly, comme nos réussites avec cette irrésistible remontée.



6- Quel sera, plus précisément, le rôle de Lionel Bilbao lors de la préparation de cette nouvelle saison?


L'intersaison, c'est d'abord peaufiner la suivante. Le Club a pris des décisions sur ses objectifs sportifs quant à l'équipe première et sur les moyens qu'il pense pouvoir lui allouer. Avec notre petit groupe, on rencontre tous les joueurs, certains souhaitent aller vers d'autres cieux, d'autres auront des attentes qu'on pourra, ou pas, satisfaire, d'autres sont désireux de s'engager pour une saison de plus. Parallèlement les contacts sont activés pour recruter les nouveaux joueurs. Jouer des demi finales avec la possibilité d'aller en finale puis à l'étage au dessus change vos plans du tout au tout, selon la division où vous évoluerez. Lorsque l'effectif est connu, il faut s'occuper de rester en contact pour s'assurer de la préparation physique de chacun, avec un programme requis selon les besoins des gars et leurs activités. Au titre de la préparation, il faut aussi prévoir un programme de matchs amicaux avant saison. Il faut aussi organiser la présence d'un pôle médical autour de l'équipe. Plus tard, le calendrier officiel dévoilé, il me reviendra aussi la tâche de préparer et organiser les futurs déplacements de l'équipe.

"Mamoune" et Lionel, aux petits soins pour les Vipers

 

7- Est-ce qu'avec cette demi-finale atteinte, l'objectif pour celle qui arrive peut il être la finale?

L'objectif principal au début de saison était de figurer parmi les quatre meilleures formations de la division. donc on peut bien parler d'objectif atteint. Progresser paraît un objectif naturel pour un club qui a des ambitions. Or, pour un 3ème du championnat, progresser c'est aller plus haut. Oui, la participation à la finale est un objectif du Club. Pour la première fois, Montpellier a pu sentir le parfum de vrais "Play Off", ça rend désireux de revivre l'expérience et de prolonger la fête. On a tous vécu des moments intenses, mais peut être l'objectif fixé en début de saison atteint, on a eu moins de gniaque pour franchir le dernier palier. Pour ma part, j'ai horreur de la défaite, cette élimination a été très dure à vivre sur le moment, mais il ne m'a fallu que 24 heures pour reprendre mes esprits et pour me rebooster à 200% dans la préparation de cette nouvelle saison. J'ai toujours su qu'atteindre le haut niveau est toujours plus facile que d'y rester et de gravir, pas à pas, les dernières marches.

 

8- Comment analyses-tu ton effectif, choisi en début de saison, par rapport au challenge qui lui était proposé?

L'effectif devait être capable, au départ, de produire un hockey de bonne qualité, surtout sur le plan défensif, pour répondre aux objectifs que nous avions fixés avec le club et effacer la désastreuse impression laissée par la saison précédente. Ces résultats là ont été atteints, l'effectif était à la hauteur de sa tâche.

Par contre, il y a des aléas qu'on ne peut jamais prévoir à l'avance, au hockey, et dans plein d'autres sports. Les blessures, plus ou moins graves, qui surviennent au sein de l'effectif le long de la saison sont un élément majeur des performances d'une équipe. J'ai été très étonné du retour en flèche d'Erik Moller, après sa blessure à l'épaule. Pour Ryan Moore, ce n'était pas du tout pareil, puisqu'il n'avait pas joué de la saison, mais il faut tout de même lui tirer notre chapeau, d'avoir montré de tels efforts lors de son retour sur la glace. On perd Anthony Duchosal, malheureusement, pile au moment où il commence à prendre confiance dans son jeu et de faire sa place dans l'équipe. En défense, on perd Robert Mokry à la mi-saison, ce qui nous a beaucoup coûté sur l'ensemble, surtout en demi finale où l'expérience est essentielle. Le seul regret dans tout ça, c'est de savoir qu'avec l'effectif à 100%, les VIPERS auraient été encore plus redoutables. En tout cas, pour ma part, il n'y a aucun regret quant au choix et à l'utilisation des joueurs pour cette saison. On a vu un groupe de 22 acteurs, un groupe où tout le monde s'est impliqué et y a mis du sien.

9- Commence maintenant la période des rencontres, des décisions au niveau de l'effectif. Peux tu nous expliquer rapidement comment se passent les choses lors de cette période, ainsi que tes prévisions?


Ce processus a été commencé quand le Comité Directeur a accepté les propositions du groupe de travail sur l'équipe première. L'enveloppe fixée, les objectifs définis, j'ai eu le temps de planifier mes besoins en fonction du championnat dans lequel on va évoluer. Je compose un effectif théorique ensuite commence le dialogue entre le club et les joueurs présents. On leur explique notre vision, et ils nous parlent de leurs projets et intentions personnelles. Ce n'est qu'après toutes ces rencontres qu'on peut tirer quelques plans. On ébauche, mais ce n'est qu'avec le temps qu'on peut mieux voir avec qui on poursuit l'aventure pour l'année prochaine. Les joueurs peuvent être tentés de tester ailleurs, les agents s'activent, les têtes bouillonnent... Il faut laisser tout ça se décanter. En parallèle, on ouvre toutes les pistes, n'en excluant aucune pour ne pas s'enfermer.

L'important est de conserver l'homogénéité au sein du groupe de joueurs, de miser sur une continuité de travail avec les mêmes joueurs. Mais tout a un prix et si le prix de la continuité est trop cher, alors, il faut envisager le changement. On essaie de rester cohérents avec nos discours, d'éviter de travailler à court-terme et de regarder un poil plus loin. On étoffe ensuite cet effectif avec des recrues capables d'avoir un impact sur le reste de l'effectif, et de tirer l'équipe vers le haut dans les moments clés de la saison. C'est le plus difficile. Choisir un joueur qui corresponde avec le profil, l'enveloppe budgétaire, se renseigner sur lui, faire des comparaisons. Bref, espérer le gros lot...C'est là que les réseaux comptent, l'avis de connaisseurs, dans les championnats où ces joueurs évoluent. Mais il ne faut pas se leurrer, à part dans des pays où tout le monde se connaît, avec un marché fermé (Slovaquie), ou bien dans ceux capables de payer des dépisteurs suivant les joueurs considérés (Amérique du Nord), l'exercice n'est pas une science exacte.

10- La venue de joueurs d'impact, comme tu le dis, ne risque t-elle pas de compromettre l'aspect collectif du jeu des Vipers?


Des joueurs d'impact, il y en a de plusieurs sortes, avec des caractéristiques bien différentes qui dépendent de la recherche et de la configuration d'équipe. C'est vrai qu'on peut imaginer qu'ils fassent le jeu à eux seuls, mais il y a des joueurs de qualité qui, sans être individualistes, tirent l'ensemble du groupe vers le haut sur la glace et dans le vestiaire. Neuilly possède deux joueurs dans ce style, bien au dessus du lot, et Gap, bien qu'ayant un collectif plus homogène, possède une ligne avec des "pointures" du championnat de Division 1. Ma philosophie au niveau de l'effectif ne change pas, j'aime les équipes avec un vrai jeu collectif, qui appliquent un système de jeu rigoureux quelque soit le bloc, avec un travail solide entre chaque rencontre. Le joueur d'impact est celui qui peut faire la différence dans des moments-clés de la saison, comme la recherche d'une qualification, ou bien une demi-finale, sans nécessairement mettre des points, mais en accaparant les défenses adverses...

11- On a appris le retour de Pascal Ryser, dans le domaine de la communication et des partenariats. Comment se passent ces retrouvailles, entre l'entraîneur et le capitaine d'il y a deux saisons?


Pascal Ryser revient à Montpellier dans une fonction qui est un enjeu majeur du Club, les partenariats, la communication. Aujourd'hui, un club qui veut évoluer, surtout dans le contexte hyper concurrentiel de Montpellier en sports, doit faire de ce secteur, une priorité. Pascal a contribué à faire les VIPERS, il connaît parfaitement le tissu relationnel autour du Club. Son souhait était de réorienter ses activités, le club avait besoin d'un homme comme lui, cela s'est fait dans l'intérêt du Hockey à Montpellier. Ses fonctions regrouperont aussi une série d'actions autour de l'équipe des Vipers, plus précisément dans le domaine de l'animation des partenariats. C'est sûr, c'est même évident, qu'on aura a travailler ensemble dans diverses situations, mais le collectif d'un club ne se limite pas au jeu de l'équipe première sur la glace, et je pense qu'on arrivera à bien avancer dans nos diverses tâches en nous entraidant.

Au delà des hommes, ce qui compte, c'est l'évolution qui se passe au niveau du club, avec une idée de bien répartir toutes les tâches qui doivent être faites. Une personne ou deux ne peuvent pas tout faire, et surtout tout bien faire. Le fait de regrouper plusieurs personnes avec des compétences dans différents domaines, tels que la gestion, la communication, l'animation et le sportif, est une véritable avancée. On veut constituer une équipe, avec la participation de tous, et avec l'unique objectif d'atteindre l'excellence à tous les niveaux.

12- Petite question curieuse: Compte tu changer les choses autour de l'équipe pour la prochaine saison?

Il y aura de petits changements car il faut toujours évoluer. Un championnat se gagne aussi en s'occupant des plus petits détails. C'est le sport de haut niveau, tacher de ne rien laisser au hasard. Je fais part de ce que mon vécu, en tant que joueur dans la Ligue Magnus, m'a permis de connaître. Ce sont aussi parfois des petits riens, une ambiance, un look, du sérieux apporté à un déplacement, des temps de repos. Le monde du sport change, est en perpétuelle évolution, il faut être attentif à tout ce qui se pratique dans les autres sports, être réactif.

Propos recueillis par Scratcher le 14 avril 2008

 

Page précèdente Retour

Partenaires

Espace réservé

Se connecter



Linus SCHELLIN en défenseur

La polyvalence a été...

en savoir +


Stage Hockey Mineur Aout 2008

Stage Hockey Mineur Aout 2008, Du 25 Aout au 29...

en savoir +


Le Pied de Cochon

Un traiteur...

en savoir +